Réactions automatiques : quand comprendre ne suffit pas à changer

Quand comprendre ne suffit pas toujours à changer : cerveau, automatismes, émotions et capacité d’adaptation
« Je sais pourquoi je fais ça. »
« Je sais que cette situation n’est pas dangereuse. »
« J’ai compris d’où venait ma réaction. »
« Je sais très bien ce que je devrais faire à la place. »
Et pourtant, au moment où cela arrive, je réagis exactement comme avant.
Cette contradiction, beaucoup de personnes la connaissent.
On peut avoir fait un véritable travail sur soi, avoir compris son histoire, identifié certains déclencheurs, appris à reconnaître ses émotions… et continuer malgré tout à ressentir cette boule au ventre, à se refermer face à une remarque, à vouloir tout contrôler lorsque l’incertitude apparaît ou à retrouver un comportement dont on pensait pourtant avoir compris le mécanisme.
Cela peut devenir décourageant.
Et parfois culpabilisant : « Si je sais tout ça, pourquoi est-ce que je n’arrive pas simplement à faire autrement ? »
La réponse tient peut-être en partie à une distinction essentielle :
comprendre quelque chose et apprendre à réagir autrement ne sont pas exactement le même processus.
Notre cerveau n’attend pas toujours notre réflexion pour agir
Nous aimons imaginer que nos comportements suivent un chemin relativement simple :
Je perçois une situation → je réfléchis → je décide → j’agis.
Heureusement, notre cerveau ne fonctionne pas toujours ainsi.
Une grande partie de ce que nous faisons quotidiennement s’appuie sur des processus devenus progressivement automatiques.
Imaginez devoir réfléchir consciemment à chaque mouvement nécessaire pour conduire une voiture, taper sur un clavier ou descendre un escalier.
Ce serait épuisant.
Avec l’expérience et la répétition, le cerveau apprend à automatiser certains processus. Les recherches sur l’apprentissage des habitudes montrent notamment l’implication de réseaux corticaux et des ganglions de la base dans cette progression vers l’automaticité. Le phénomène est cependant plus complexe qu’une opposition entre un « cerveau rationnel » et un « cerveau automatique » : plusieurs systèmes cérébraux interagissent continuellement.
Cette capacité est extraordinairement utile.
Mais ce que notre cerveau apprend automatiquement n’est pas limité aux gestes techniques.
Notre histoire et nos expériences contribuent également à la manière dont nous anticipons certaines situations et y répondons.
Les réactions automatiques ont soune fonction
C’est un point auquel je tiens beaucoup dans mes accompagnements.
Lorsque nous regardons un comportement uniquement parce qu’il nous gêne aujourd’hui, nous pouvons rapidement vouloir le supprimer.
Mais il est parfois intéressant de poser une autre question :
« À quoi cette manière de réagir m’a-t-elle servi ? »
Contrôler peut, par exemple, avoir donné un sentiment de sécurité dans une période où beaucoup de choses semblaient imprévisibles.
Éviter certaines situations peut avoir permis de ne pas être submergé.
Chercher constamment l’approbation des autres peut s’être construit dans un environnement où se sentir accepté avait une importance particulière.
Certains comportements liés à l’alimentation, à une substance ou à une activité peuvent également prendre une fonction dans la gestion des émotions ou du quotidien.
Cela ne signifie pas que tous les comportements trouvent leur origine dans un traumatisme, ni qu’ils ont tous la même fonction.
Une addiction, un trouble des conduites alimentaires, une réaction anxieuse ou une habitude ne peuvent pas être réduits à un seul mécanisme cérébral.
Les facteurs biologiques, psychologiques, sociaux, relationnels et environnementaux peuvent tous jouer un rôle.
Mais regarder un comportement comme quelque chose qui s’est construit plutôt que comme un défaut personnel change déjà beaucoup de choses.
« Pourtant, je sais que je ne risque rien… »
C’est probablement là que le décalage devient le plus troublant.
Vous savez rationnellement qu’une remarque de votre responsable ne remet pas toute votre valeur professionnelle en question.
Vous savez qu’un message sans réponse depuis deux heures ne signifie pas nécessairement que quelqu’un vous rejette.
Vous savez qu’un imprévu ne va pas forcément provoquer une catastrophe.
Et malgré tout, la réaction arrive : le cœur s’accélère, les pensées s’emballent, le corps se tend.
L’envie de fuir, de contrôler, de vérifier, de manger, de consommer, de s’isoler ou de chercher immédiatement une solution peut apparaître.
Puis la réflexion revient :
« Mais pourquoi ai-je encore réagi comme ça ? »
Parce que connaître intellectuellement une information ne suffit pas nécessairement à modifier immédiatement les processus impliqués dans nos réactions automatiques émotionnelles et comportementales.
La recherche sur la régulation émotionnelle montre d’ailleurs qu’elle repose sur l’interaction de plusieurs réseaux cérébraux, notamment des systèmes préfrontaux, cingulaires, perceptifs et affectifs. Il n’existe pas un unique « bouton des émotions » que la compréhension consciente permettrait simplement d’éteindre.
Comprendre ses réactions reste pourtant précieux
Dire que comprendre ne suffit pas toujours ne signifie surtout pas que comprendre ne sert à rien.
Au contraire.
Mettre des mots sur son vécu peut permettre de reconnaître ses déclencheurs, de donner du sens à certaines réactions, de diminuer la culpabilité, de repérer plus tôt ce qui se passe et d’envisager d’autres réponses.
La psychothérapie, l’accompagnement, la psychoéducation ou la pair-aidance peuvent notamment participer à cette compréhension selon les besoins de chacun.
Mais parfois, une personne me dit :
« Tout ça, je le sais. Maintenant, j’aimerais réussir à le vivre autrement. »
Et je trouve cette phrase particulièrement importante.
Parce qu’elle marque le passage de la compréhension à l’expérience.
Apprendre ne passe pas uniquement par les mots
Notre cerveau apprend parce qu’on lui explique des choses.
Mais il apprend aussi — énormément — par l’expérience.
Par la répétition.
Par les conséquences de nos actions.
Par les informations sensorielles.
Par nos interactions avec les autres.
Par ce qui se produit lorsque nous essayons quelque chose de nouveau.
C’est l’une des raisons pour lesquelles une nouvelle expérience peut parfois être aussi importante qu’une nouvelle explication.
La recherche sur la neuroplasticité montre que le cerveau adulte conserve sa capacité à évoluer en fonction de l’apprentissage et des expériences. Des changements fonctionnels et structurels associés à l’expérience ont été observés à l’âge adulte.
Cela ne signifie évidemment pas que l’on peut « reprogrammer son cerveau » à volonté.
La neuroplasticité est parfois utilisée comme une formule marketing laissant entendre que n’importe quel fonctionnement pourrait être facilement transformé.
La réalité est plus subtile.
Le changement dépend de nombreux facteurs : nature de l’apprentissage, répétition, contexte, âge, environnement, motivation, état de santé…
Mais une chose est importante : notre cerveau n’est pas figé.
Du réflexe automatique à davantage de choix
C’est probablement ainsi que je préfère envisager le changement.
Pas comme :
« Avant je réagissais mal, maintenant je dois réagir correctement. »
Mais plutôt comme l’élargissement progressif du champ des possibles.
Une situation se présente.
L’ancienne réaction existe peut-être encore.
Mais une autre possibilité devient progressivement accessible.
Puis peut-être une troisième.
Il peut apparaître un peu plus de temps entre ce que l’on ressent et ce que l’on fait.
Un peu plus de recul.
Parfois simplement la possibilité de remarquer :
« Tiens, normalement j’aurais immédiatement réagi… et cette fois-ci, quelque chose a été différent. »
Pour moi, retrouver de la souplesse ne signifie donc pas ne plus avoir d’émotions ou ne plus jamais être déstabilisé.
Cela signifie parfois retrouver davantage de choix dans la manière de répondre à ce qui nous arrive.
Et le système nerveux dans tout cela ?
On parle énormément du « système nerveux » actuellement sur les réseaux sociaux.
Parfois au point de lui attribuer presque toutes nos difficultés.
Je préfère rester prudente.
Oui, notre système nerveux participe évidemment à nos réactions émotionnelles, corporelles, attentionnelles et comportementales.
Mais une personne ne se résume pas à son système nerveux.
Elle possède une histoire, des relations, un environnement, des conditions de vie, des vulnérabilités, des ressources, des apprentissages et parfois des pathologies nécessitant une prise en charge spécifique.
Prendre en compte le système nerveux ne doit pas conduire à oublier la personne.
C’est précisément pour cette raison que j’aime associer le Neurofeedback Dynamique à une approche profondément centrée sur celle-ci.
Dans mon cabinet, j'utilise le Neurofeedback Dynamique NeurOptimal®.
Son fonctionnement possède une particularité qui correspond particulièrement bien à ma façon d'accompagner.
NeurOptimal® : donner une information plutôt qu'une consigne
Le principe général du neurofeedback repose sur une idée relativement simple : utiliser une information issue de l’activité cérébrale et la restituer en temps réel sous forme de feedback.
Pendant une séance, cinq capteurs sont positionnés sur le cuir chevelu et les oreilles.
Ils recueillent l'activité électrique cérébrale présente à la surface du cuir chevelu pendant que la personne écoute de la musique ou regarde un film.
Le logiciel analyse continuellement les variations de cette activité.
Lorsqu'il détecte certaines modifications rapides, le flux sonore connaît une très brève interruption.
C'est le feedback.
Cette interruption intervient au moment où la variation est détectée et fournit ainsi une information en temps réel.
Le fabricant décrit NeurOptimal® comme un système automatisé de Dynamical Neurofeedback®, reposant sur cette boucle d'information et sur une approche dynamique de l'activité cérébrale.
J'utilise souvent une image toute simple pour l'expliquer.
Le miroir.
Lorsque vous passez devant un miroir, celui-ci ne vous demande rien.
Il vous montre votre reflet.
Cette information peut suffire pour que vous vous redressiez spontanément ou replaciez une mèche de cheveux.
Le miroir n'a effectué aucun changement.
Il a rendu une information disponible.
C'est cette notion de feedback qui m'intéresse particulièrement dans le Neurofeedback Dynamique.
Une séance où il n'y a rien à réussir
Pour certaines des personnes que j'accompagne, cet aspect est presque déroutant au début.
Il n'y a rien à réussir pendant une séance.
Pas de performance à atteindre.
Pas besoin de contrôler ses pensées.
Pas besoin de provoquer un état de détente.
On peut écouter la musique, regarder un film, lire, dessiner ou simplement se poser.
Le feedback se déroule en parallèle.
Et lorsqu'on a passé beaucoup de temps à analyser, anticiper, contrôler ou essayer de « bien faire », expérimenter un espace dans lequel il n'y a précisément rien à réussir peut avoir une résonance particulière.
Le Neurofeedback ne remplace pas le travail sur soi
C'est également pour cela que j'aime penser mes accompagnements en complémentarité.
Certaines personnes viennent uniquement pour le Neurofeedback Dynamique.
D'autres ressentent le besoin de parler.
D'autres encore ont déjà un suivi avec un psychologue, un psychiatre, un médecin ou une équipe spécialisée.
En tant que Patiente-Experte Addictions, pair-aidante et coach certifiée, mon rôle peut également être d'offrir un espace permettant de regarder ce qui se passe dans la vie quotidienne :
Qu'est-ce qui déclenche cette réaction ?
Que cherche-t-elle peut-être à protéger ?
Qu'est-ce qui a changé ?
Quelles ressources sont déjà présentes ?
Et surtout : qu'est-ce qui serait juste pour cette personne aujourd'hui ?
Le Neurofeedback Dynamique s'intègre alors comme une ressource parmi d'autres dans un parcours qui reste profondément individuel.
« Je comprends tout… » : et si ce n'était plus la seule question ?
Comprendre son histoire, mettre des mots, identifier ses mécanismes peut être précieux.
Mais lorsque nous avons déjà beaucoup compris, continuer à chercher encore une explication n'est pas toujours la seule voie possible.
Il peut aussi être intéressant de se demander :
De quoi ai-je besoin aujourd'hui pour vivre cette situation autrement ?
Parfois, avancer passe par la parole, parfois par une expérience différente, parfois par un accompagnement thérapeutique, parfois par le corps, l'environnement, le repos, les relations, l'apprentissage de nouvelles stratégies ou différents outils complémentaires.
Souvent, plusieurs de ces dimensions se rencontrent.
L'objectif n'est pas nécessairement de ne plus jamais retrouver nos anciennes réactions.
Il peut être beaucoup plus réaliste — et profondément libérateur — de constater qu'elles ne sont progressivement plus les seules réponses disponibles.
Comprendre pourquoi nous réagissons ainsi constitue parfois une première étape.
Retrouver davantage de choix dans notre manière de répondre peut être la suivante.
Et c'est dans cet espace, entre compréhension, expérience et capacité d'adaptation, que j'inscris mon accompagnement chez NeuroMoov. En savoir plus sur mon accompagnement au sein de NeuroMoov :
www.neuromoov.fr Prendre rdv : www.neuromoov.fr/book-online
Prenez soin de vous Alexandrine Boileau 🌻
Sources et références
Les notions neuroscientifiques développées dans cet article s'appuient notamment sur les travaux de Lövdén et al. concernant la plasticité cérébrale structurelle et l'apprentissage chez l'adulte ; d'Ashby et al. et de Seger & Spiering concernant l'apprentissage des habitudes, l'automaticité et les ganglions de la base ; ainsi que sur les travaux d'Ochsner et al. et la revue de Morawetz et al. concernant les mécanismes cérébraux impliqués dans la régulation émotionnelle.
Concernant le neurofeedback, les revues scientifiques soulignent à la fois son potentiel pour l'apprentissage de l'autorégulation de certains signaux cérébraux et l'importance des différences de protocoles, des variations individuelles et de la qualité méthodologique des études.
Les informations techniques relatives au Dynamical Neurofeedback NeurOptimal® sont issues de la documentation du fabricant.






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